Tizi-Ouzou, le 22 mars 2015

A Monsieur le Premier Ministre de la République Algérienne Démocratique et Populaire

Objet : Appel des enseignants                                                                                                                       

de l’université MOULOUD MAMMERI

de Tizi-Ouzou et demande d’audience

Monsieur le Premier Ministre,

Nous avons l’honneur de vous adresser cet appel pour vous demander d’intervenir auprès des autorités ministérielles concernées et des autorités locales de la Wilaya de Tizi-Ouzou afin qu’elles apportent rapidement des solutions aux graves déficits et dysfonctionnements dont souffre notre université.

Les enseignants de l’UMMTO et leur section syndicale (CNES Tizi-Ouzou) ont fait preuve d’une grande patience pendant de nombreuses années et ont cru en toute bonne foi dans les engagements et les promesses des autorités locales et des responsables de l’université.

Au fil des années ces promesses et engagements se sont avérées n’être que des annonces sans lendemain et toutes les démarches du CNESTO auprès de monsieur le Wali, auprès du recteur et auprès de la tutelle se sont révélées vaines.

Depuis plusieurs années en effet, l’UMMTO est engluée dans une situation de marasme qui va en s’aggravant.

Jugez-en Monsieur le Premier Ministre,

1-     De graves problèmes de sécurité notamment au niveau du campus de Tamda (où il y a eu mort d’homme) et qui est d’ailleurs fermé depuis le dimanche 15 mars, mais aussi celui de Boukhalfa, sans compter les multiples dangers et actes de violences au niveau de toute l’UMMTO et de son environnement immédiat

2-     Un fonctionnement chaotique des rouages administratifs, pédagogiques et scientifiques qui handicapent gravement en quantité et en qualité l’ensemble des activités relevant des missions de l’université.

3-     Le règne sans partage de hauts responsables inamovibles (certains cumulent plus de dix ans, voire quinze ans, alors que leur gestion est loin de justifier cette pérennité) et la négation des droits du partenaire syndical, considéré comme un intrus qui n’a pas à se mêler des affaires de l’université. « Celui qui va me dire ce que j’ai à faire n’est pas encore né ! » : telle est la réponse habituelle du recteur aux doléances des enseignants et du CNES-TO, réponse qu’il a répétée devant des centaines d’enseignants lors de la rencontre du 12 mars 2015.

4-     Une gestion approximative des moyens matériels et des ressources humaines et financières, loin des règles de l’éthique et de la déontologie universitaires d’où ont résulté de graves insuffisances en matière d’hygiène et une gouvernance focalisée sur l’ajustement des flux d’apprenants au nombre de chaises dans les locaux pédagogiques.

5-     Face au manque d’infrastructures et à la vétusté de celles existantes -l’UMMTO consiste en effet en grande partie de très anciennes structures déjà utilisées (ou prévues pour être utilisées) par les secteurs de la formation professionnelle (deux structures) ou de l’éducation nationale (trois structures)- les responsables de notre université ont concocté en solo et de manière précipitée «  un plan quinquennal » dont le contenu est en deçà des besoins réels et dont la réalisation, très improbable, est à renvoyer aux calendes grecques, compte tenu des contreperformances – avérées depuis deux décennies- tant des organes de gestion que des moyens de réalisation au niveau de la région. Parmi les conséquences de ces contraintes structurelles, nous avons par exemple :

-        les deux tiers des enseignants ne disposent pas d’espace-bureau

-        de très nombreuses spécialités de formation sont hyper-surchargées.

6-     Les responsables de l’UMMTO comptent dépecer l’UMMTO elle-même en deux ou trois établissements universitaires, sacrifiant le caractère multidisciplinaire, la stabilité du fonctionnement et les normes de travail permettant la qualité des performances pédagogiques et scientifiques. Au lieu de s’atteler à la mise en place d’une nouvelle université au niveau du campus de Tamda, par la création de facultés et d’instituts qui viendront désengorger les structures pédagogiques des autres campus, les responsables de l’UMMTO s’enferment dans une démarche de rafistolage ininterrompu avec des conséquences graves sur les facultés existantes qui se retrouvent éparpillées sur plusieurs sites (30 km de distance entre les campus Hasnaoua II et celui de Tamda) pendant une durée quasiment illimitée.

7-     L’épineux problème de logement que les autorités locales n’arrivent pas à prendre en charge de façon sérieuse depuis une quinzaine d’années, l’UMMTO n’ayant reçu aucun quota de logement depuis 2001. Le programme LSP (depuis 2004) n’a donné lieu à la réalisation d’aucun logement. Le programme de logement haut standing (depuis 2006) n’est pas encore en phase de réalisation. Plus d’un millier de collègues sont actuellement concernés par le problème du logement, dont plusieurs centaines résident (avec leurs parents) au fin-fond de la montagne du Djurdjura ou dans d’autres wilayas. La promesse de la wilaya de réaffecter 240 logements du secteur social au profit de l’université ne permet pas d’éponger le passif de manière satisfaisante et nous savons que la demande augmentera sensiblement d’année en année dans le futur proche. La grande majorité des enseignants demandeurs de logement perçoivent des salaires inférieurs à 60 000 dinars par mois et le loyer mensuel d’un trois pièces à Tizi-Ouzou est déjà à 25 000- 30 000 dinars : outre les conséquences drastiques sur les performances pédagogiques et la production scientifique (le logement étant en fait un moyen de travail), ce sont les projets de vie d’un millier d’enseignants qui sont annihilés.

Faut-il que des enseignants universitaires de l’UMMTO se mettent dans des bidonvilles pour que les autorités soient sensibilisées sur leur sort ?

Face aux faits -têtus- et face à l’aggravation des déficits et dysfonctionnements, la confiance et l’espoir se sont effondrés et ces dures réalités nous ont amenés à décider de recourir aux moyens de la pression syndicale visant à tirer la sonnette d’alarme et alerter les autorités locales et nationales.

Soucieux de préserver les activités pédagogiques, les enseignants, à travers le CNESTO, ont organisé cette pression de façon graduelle.

-    Dépôt de la plateforme de revendications auprès du recteur, du Wali, et rencontres avec eux et leurs collaborateurs pour avancer sérieusement dans le règlement des problèmes.

-    Sit-in et marches à l’intérieur et à l’extérieur de l’université avant le déclenchement de la grève.

Malheureusement, pendant tout un semestre, cela n’a pas alerté les concernés. Les responsables de l’université et les autorités locales ont continué de nous répéter des promesses qui par ailleurs sont loin de répondre dans les délais raisonnables aux préoccupations des enseignants et de la communauté universitaire en général.

Cette déconsidération des enseignants que nous sommes, nous a conduits à entrer en grève et à multiplier les actions de protestation (marches et sit-in devant le MESRS, délégations) pour sensibiliser les plus hauts responsables de notre université, de notre secteur et de la Wilaya de Tizi-Ouzou.

Malheureusement, tout se passe comme si les différentes institutions concernées ne prennent pas la mesure de la gravité de la situation et des conséquences néfastes et dangereuses qu’un pourrissement ne manquerait pas d’engendrer sur les activités de ce semestre et sur la prochaine rentrée universitaire 2015/2016.

  • L’entrevue entre le CNESTO et le Ministre de l’Enseignement Supérieur, qui a eu lieu le 10 février 2015, lors de son déplacement à Tizi-Ouzou, n’a pas permis d’avancer, le temps ayant manqué pour cela et monsieur le ministre ayant certainement cru que les semblants de solutions envisagées par les responsables au niveau de Tizi-Ouzou étaient satisfaisants.
  • La séance de travail avec monsieur le Wali et ses collaborateurs (DLEP, Chef de Daïra), le 12 mars 2015, en présence de centaines d’enseignants de l’UMMTO, n’a débouché, de la part de ces responsables, que sur la répétition des promesses de mesures- largement insuffisantes- qui nous ont été déjà données auparavant et en en septembre 2014.

       Monsieur le Premier Ministre, nous attendons de votre part une impulsion intersectorielle déterminée en vue d’une affectation de moyens nécessaires et d’une responsabilisation forte de tous les responsables concernés en particulier sur l’urgence de :

-    Garantir la sécurité et l’hygiène au niveau des différents campus ;

-    Résorber des déficits en infrastructures (programme de réhabilitation de certaines infrastructures, programme dit « quinquennal », nouvelle université) ;

-    Mettre un terme aux déficiences dans le fonctionnement interne de l’université (administration, pédagogie, déontologie) ;

-    Combler le grave déficit en logements à travers un programme répondant aux besoins dans des délais raisonnables.

Enfin, nous vous demandons d’accorder une audience à une délégation de représentants des enseignants CNES Tizi-Ouzou

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en notre haute considération.                  

         P/L’Assemblée générale et le conseil syndical.

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