Sigle de la CCUTO

Dimanche, le 17 juillet 2016


A Monsieur Le Recteur
de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou


Monsieur Le Recteur,


Deux mois environ après votre prise de fonction, force est de constater que votre gouvernance paraît suivre la même trajectoire que celle de vos deux prédécesseurs. La raison est évidente : vous avez adopté la même posture qu’eux face aux responsables notoires du chaos qui règne à l’Université Mouloud MAMMERI depuis leur installation à leurs postes, il y a maintenant près de deux décennies.
Peut-être avez-vous pensé qu’il est contraire à l’éthique de mettre fin aux fonctions, en tant que responsables, de collègues de même rang et génération que vous-mêmes et préféré prendre le risque de les reconduire, fort du sentiment de pouvoir pallier à leurs défauts, voire parer à leurs conspirations, le cas échéant ?
Vous conviendrez que si c’est le cas, ça serait faire preuve d’une naïveté déconcertante, qui, même si elle peut élever un tant soit peu sur le plan moral, elle conduit droit vers le déshonneur sur le plan carrière. La fin connue par chacun de vos deux prédécesseurs est encore fraiche dans les mémoires. Vous n’avez qu’à interroger la votre. Aucun d’eux n’a pu réaliser les objectifs pour lesquels ils ont été nommés : rétablir l’ordre, la sérénité et l’équité et réconcilier l’établissement avec les vraies valeurs universitaires.
La trêve observée par les différents syndicats (CNESTO, SNAPAP et CLE) dès l’annonce de votre nomination, ne signifie aucunement que ceux-ci sont satisfaits du simple fait d’avoir un nouveau recteur. Vous ne le savez pourtant que très bien puisque vous leur avez accordé plusieurs entrevues où ils vous ont rappelé, avec insistance, les attentes de la communauté universitaire dans son ensemble, et montré, preuve à l’appui, les sources des maux qui rongent l’université. Elle a été voulue comme un gage de leur volonté de construire un partenariat sur des bases saines et solides pourvu que cette volonté existe également de votre côté. Mais cette période de grâce, vu le nombre de problèmes en suspens et à la veille d’une rentrée qui s’annonce difficile, ne peut s’étendre indéfiniment.
En abordant avec vous la revendication et l’aspiration de la communauté universitaire à un changement dans tout le staff dirigeant et l’instauration de l’alternance pour tous les postes supérieurs (chef de département, doyen et vice-doyen, recteur et vice-recteur, secrétaire général central et facultaire, directeur et sous-directeurs,…), les syndicats ont perçu un autre son de cloche dans votre discours qui est évocateur d’une rétractation sur vos promesses et vos engagements de vos premiers instants en tant que recteur.
Ce nouveau son de cloche ne semble pas être une illusion puisque le maintien, à ce jour, des principaux artisans du chaos à l’UMMTO est là pour conforter et raviver les soupçons. Et il n’y a pas que cela. Si la procédure d’annulation du recrutement ciblée, qui a indigné la communauté universitaire dans sa quasi totalité, n’est pas encore engagée, ce n’est certainement pas par défaut de persuasion ou manque de preuves. Quoiqu’il en soit, ceci donne l’impression que vous avez renoncé à cet engagement de rendre justice aux candidats qui ont été lésés à l’entretien, à toute la collectivité ainsi qu’à l’institution éclaboussée par ce scandale.
Sur un autre registre, des simulacres de conseils de discipline continuent, en dépit de toute la crise qui a maintenu en haleine toute la communauté universitaire (étudiants, enseignants, ATS) et même au-delà (ministère de tutelle, autorités publique et citoyens) pendant presque une année entière, à être organisés, et des procédures disciplinaires engagées par des doyens, à l’encontre d’étudiants ou d’enseignants, sans prendre la peine de vérifier la conformité de ces conseils ou de jauger de la consistance et du bien fondé des dossiers sur lesquels ils sont appelés à statuer. Comment ne pas voir là des velléités, voire des tentatives d’instrumentalisation des instances disciplinaires à des fins de règlements de comptes personnels et de répression des libertés syndicales ? Comment ne pas voir là, un penchant pour le despotisme et la mesure de l’immaturité et de l’incompétence de pareils responsables par rapport aux responsabilités qui leur sont confiées ?
Des candidats à l’habilitation ont essuyé des rejets de la part du VRPGRS alors que les instances scientifiques habilitées ainsi que la commission ad-hoc désignée par le CSU et la direction ministérielle de la formation doctorale saisies après recours, leur ont donné gain de cause. Comment ne pas voir là, un arbitraire et un abus démesurés commis au vu et au su de tous, du simple fonctionnaire aux plus hauts responsables ministériels, par le VRPGRS de l’UMMTO qui n’en est pas d’ailleurs à sa première sans qu’il ne se soit jamais inquiété ? Comment ne pas voir dans l’impunité dont il a toujours bénéficié et dans son maintien dans son poste à ce jour, malgré la valse des recteurs, une prime au népotisme et au clientélisme ?
Même les candidats au doctorat ayant dépassé les délais d’inscription réglementaires, ne sont pas épargnés par l’arbitraire et les abus du VRPGRS. En effet, au moment où dans toutes les universités où ils se trouvent, ils ont bénéficié de l’inscription dérogatoire que la tutelle leur a accordée au titre de l’année universitaire encore en cours, à l’UMMTO, ce responsable s’est érigé contre et les en a privés, sans que personne (tutelle et recteur) ne se sente interpellé.
Evidemment vous n’ignorez aucun de ces dossiers puisqu’ils vous ont tous été soumis. Tous nécessitent des décisions fermes de votre part et de personne d’autre. Mais vous ne l’avez pas fait. Vous avez préféré recourir à des subterfuges inutiles qui ne règlent absolument rien. Aux interpellations insistantes des concernés et des syndicats, vous n’avez qu’une seule réponse dans la bouche, même lorsque vous êtes rendu destinataire d’une décision ministérielle vous sommant de réhabiliter un plaignant : « j’ai saisi ou je vais saisir le comité d’éthique ». S’agit-il d’une nouvelle instance suprême de l’établissement aux décisions de laquelle le recteur est tenu de se soumettre ou d’une fuite de responsabilité ?
Est-il utile de rappeler que ce comité n’a aucune existence légale car ne figurant pas dans l’organigramme de l’université ? Lui céder les prérogatives de recteur et lui confier des dossiers engageant l’avenir des étudiants ou des fonctionnaires, espérant bénéficier de sa couverture, est tout simplement contraire à l’éthique dont il se revendique, comme l’est d’ailleurs l’acceptation par ses membres de jouer le jeu.
En tant que premier responsable de cette université, vous vous devez de prendre des décisions en vous basant sur les rapports que vous faites établir par vos conseillers et collaborateurs, et veiller à leur exécution. Toute tergiversation ne sera qu’une fuite des responsabilités.
Des étudiants ont été lésés dans leurs droits par suite d’une lecture erronée de la réglementation de la part de responsables et de manœuvres répressives de l’activité syndicale. Des rapports établissant qu’il y a tort de l’administration ont été établis par le VRFSGFCD. Le bon sens aurait voulu qu’en dernier lieu des décisions de réhabilitation soient établies et adressées aux responsables impliqués directement pour exécution, et versées dans les dossiers des plaignants pour servir de justificatifs. Vous ne l’avez pas fait.
Des enseignants ont été lésés par le rejet arbitraire de leurs dossiers d’habilitation. Une commission mise en place par le CSU a tranché en faveur des candidats avec à l’appui une instruction ministérielle. Là encore, le bon sens aurait voulu que vous émettiez un ordre exécutif pour rétablir la procédure de candidature suivie. Vous ne l’avez pas fait.
Des procédures disciplinaires entachées d’erreurs et de vices de forme sont engagées contre des enseignants et des étudiants. Vous leur donnez suite et vous espérez peut être que la justice sera rendue dans ces conditions. Ne vous est-il pas venu à l’idée que des droits découlent de la procédure elle-même que personne n’a le droit d’ignorer car le faux ne peut impliquer le vrai et l’injuste le juste ? Vous aviez à rejeter ces dossiers pour irrégularité car c’est aux responsables d’apprendre à bien respecter les procédures et de les réintroduire. Vous ne l’avez pas fait.
Nous vous avons demandé d’examiner notre recours en annulation des élections de certaines commissions paritaires et de la commission des œuvres sociales, qui ont eu lieu récemment pour irrégularités flagrantes, nous n’avons eu à ce jour aucune réponse. Ignorez vous que même lorsque le plaignant a tort, une décision notifiée de votre part s’impose pour le classement du dossier ?
En revanche, en prenant l’initiative louable de rénover la salle de lecture de l’ex bibliothèque centrale du campus Hasnaoua, sciemment délaissée et abandonnée à la dégradation fort probablement pour justifier quelque usage ultérieur sans rapport avec sa vocation initiale, en recourant exclusivement au personnel de l’UMMTO qui ont fait d’ailleurs un excellent travail et dans un délai record, qu’aucune entreprise n’aurait fait avec ce niveau de qualité et dans ce délai, vous avez, Monsieur Le Recteur, donné la démonstration que de l’argent aurait pu être économisé depuis des années si on n’avait pas choisi de le dilapider à travers un recours systématique aux marchés publics, au moment où l’université est pensée de sorte à ce qu’elle soit dotée de toutes les compétences dont elle a besoin. Comment ne pas dire alors que l’infrastructure de l’UMMTO aurait pu être entretenue et rénovée périodiquement si le VRDPO n’a pas décidé autrement et adopté l’attitude attentiste qui est aujourd’hui responsable du renvoi aux calendes grecques de pareilles initiatives et de l’état de délabrement de l’infrastructure qui en est suivi et ce dans tous les campus ?
C’est de pareilles initiatives courageuses allant à l’encontre des intérêts personnels et parasites, que la communauté universitaire attend avec impatience de votre part. Comme elle attend également la mise à l’écart de tous les responsables du chaos, du despotisme et népotisme régnant depuis fort longtemps, et la réhabilitation dans ses droits de tout plaignant lésé.
A l’ère de la société de l’information, l’université continue encore de fonctionner par la rumeur qui empoisonne les rapports entre ses différentes composantes. C’est le cas par exemple des projets de création d’instituts et de transfert de certaines spécialités à Tamda pour la prochaine rentrée universitaire. Cela aurait pu être évité si avec l’implication du Vice-rectorat chargé des relations extérieures, de la coopération et de la communication, vous aviez organisé une campagne d’information des plus dignes sur les dits projets pour en expliquer les modalités et la finalité, afin d’impliquer tous les concernés et rassurer ceux qui appréhendent déjà une déportation forcée.
L’année prochaine sera encore plus difficile, notamment si les nouvelles places pédagogiques venaient à ne pas être livrées dans les délais promis. Nous serions alors dans des conditions d’exiguïté favorable aux conflits que seul préviendra un vrai partenariat dans un cadre fait de transparence, de respect des procédures, de la réglementation et des principes d’équité et de convivialité, le seul auquel nous aspirons.
La trêve observée par les syndicats et l’accord des deux parties d’organiser conjointement un séminaire pour l’élaboration et l’adoption d’une charte d’éthique et d’un règlement intérieur sans lesquels aucune justice, aucune équité ni sérénité ne seront possibles, représentent un gage du concours que la communauté est prête à vous apporter si réellement votre intention est de redresser cette institution. Dans le cas contraire, vous savez très bien Monsieur le Recteur, que vous pouvez compter sur notre détermination.
Attendant toujours la réunion de travail autour du protocole d’accord CNESTO-UMMTO et la mise en place du comité d’organisation du séminaire pour l’élaboration d’une charte d’éthique et d’un règlement intérieur, veuillez agréer, Monsieur Le Recteur, nos salutations distinguées.

Le CNES-UMMTO       LE SNAPAP-UMMTO      CLE

Copie pour : Monsieur le Ministre

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