C’est des petits renoncements que naissent les grandes défaites.

Cher(e)s collègues enseignant(e)s,

On s’apprête à accueillir la nouvelle année civile à l’université Mouloud Mammeri alors que l’année universitaire 2015-2016 n’a toujours pas atteint son rythme de croisière, le tout dans une ambiance morose et un moral en berne.

C’est que la désillusion est grande ! Car après le formidable mouvement de grève de l’année dernière, les enseignants, qui ont supporté la pression d’un long statut quo, sciemment maintenu par les responsables, et par la suite, l’énorme charge de travail qui a suivi la reprise, n’arrivent pas à comprendre que la seule réponse qu’ils reçoivent aujourd’hui soit un surcroit de mépris à leur égard de la part de la tutelle et du nouveau recteur.

En effet, alors que tout le monde s’échinait à rattraper le retard, le nouveau recteur, installé en catimini en juin, échafaudait son plan pour effacer toute trace de la contestation qui a tenu en haleine toute la communauté universitaire (et au-delà), et faire en sorte qu’elle ne se reproduise pas à l’avenir, en réduisant au silence toute voix discordante et en tentant de casser tous les ressorts de résistance du corps enseignant. C’est avec ce plan en tête que le nouveau recteur a usé de toutes sortes de subterfuges, pour éviter de  rencontrer les représentants du CNES qui demandaient avec insistance une réunion, pendant les vacances pour préparer la rentrée qui s’annonçait difficile et surtout éviter d’entamer une nouvelle année par un nouveau conflit.

Il a commencé par dénier la représentativité et même la légalité à la section CNES avant de se lancer, dès la rentrée, dans une opération de propagande digne des années de plomb de jadis, pour mettre en garde contre les « dangers des syndicats », en faisant convoquer les enseignants par les doyens des facultés (certaines ont été omises ou exclues ?) pour assister à de véritables meetings. « Exit les syndicats ! L’autorité suprême, c’est moi ! Et cette autorité connait vôtre intérêt mieux que vous et se soucie de votre bien-être bien mieux que vous ! Fiez-vous à elle et à elle seule ! ». Plongeant ses racines dans l’histoire du mouvement national et consubstantielle à la pensée orientale, cette culture de l’homme providentiel, qu’on croyait révolue, du moins à l’université et de surcroit quand elle porte le nom de Mouloud Mammeri, a apparemment de beaux jours devant elle.  

Ainsi, pendant que les enseignants s’évertuaient dès septembre à résorber ce qui restait du retard de l’année universitaire écoulée, l’administration de l’UMMTO manigance avec zèle, non pas pour trouver des solutions aux problèmes objectifs que les enseignants ont posé, mais pour neutraliser le cadre qui a permis leur expression.

                Bien sûr, que nos responsables savent très bien que ce n’est pas en se débarrassant de ceux qui les soulèvent qu’on se débarrasse des problèmes. Mais leur objectif est ailleurs ! Il consiste à neutraliser à l’avance toute forme de protestation et de résistance organisées qui risquerait de contrarier les plans futurs qu’on prépare pour l’UMMTO ou les mesures d’austérité qui s’annoncent. Une austérité dont on a déjà un avant-gout à travers le gel annoncé du projet des 220 logements du programme présidentiel, dont le Wali sortant nous avait annoncé le lancement pour septembre 2015. Pourtant l’enveloppe budgétaire de ce programme ne date pas d’aujourd’hui mais remonte à l’exercice 2006, sans compter l’engagement solennel du gouvernement à poursuivre la réalisation de tous les programmes de logements à travers tout le pays. Toute occasion est bonne à saisir pour ces gens-là !! C’est dire quel mépris ils nourrissent envers l’enseignant ! Les propos du genre « C’est de l’inconscience ! C’est de l’égoïsme ! », proférés à l’encontre des enseignants durant la grève, ne devraient-ils pas être retournés ici à cette caste qui vient de rejeter un programme de logement pour les enseignants, car elle n’a en tête que la rentabilisation de ses biens immobiliers qu’elle loue aux universitaires à des tarifs exorbitants ?

En tentant de neutraliser le CNES, les responsables à la tête de l’UMMTO et, à travers eux, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre, visent à :

  • neutraliser le seul cadre capable de faire entendre la voix des enseignants, que ce soit à l’échelle locale ou nationale ;
  • neutraliser le seul cadre capable de s’opposer aux plans d’éclatement de l’UMMTO, car le conseil d’administrationde l’université (CAU) et le conseil scientifique de l’université (CSU) sont, constamment, réduits à de simples chambres d’enregistrement, qu’on ne réunit que pour avaliser des choix faits ailleurs et lorsque la réglementation oblige à passer par elles. La récente décision de transférer les étudiants de première année médecine (on parle même de la faculté de médecine, austérité oblige) au campus de TAMDA, au lieu d’insister sur le maintien du projet de la nouvelle faculté de médecine à OUED FALLI comme annoncé l’année passée par le Wali, sans que cela ne soit discuté dans aucun de ces conseils, illustre bien cet état de fait. Pourtant la réglementation (article 13 du décret exécutif 03-279 du 23 août 2003) stipule que le conseil d’administration de l’université délibère sur les plans de développement de celle-ci à court, moyen et long terme. Ce qui signifie que l’université doit se doter de plans de développement et les porter à la connaissance de la communauté universitaire et des citoyens dans toute la transparence requise. Ces plans doivent être ensuite adoptés par le conseil d’administration après que le débat, organisé à tous les niveaux (département, faculté et université), ait été bien mené et bien mûri ;
  • éjecter le CNES de la commission logement pour priver les enseignants de leur droit de regard sur le classement et la distribution des logements en voie d’achèvement (prêt du Ministère de l’Habitat), comme ils l’ont déjà fait avec la commission des œuvres sociales de l’UMMTO. A ce propos, les enseignants demandeurs de logements, devraient s’en soucier, d’autant plus que ce qui s’est passé l’année écoulée à BEJAÏA est encore frais dans les mémoires !
  • continuer à dénier au corps enseignant, lui qui est plus au fait des lacunes et vrais besoins de l’université, le droit d’être partie prenante dans l’élaboration de solutions et de projections futures de développement ;
  • envoyer un signal fort à tous les enseignants du supérieur qui avaient repris espoir après le mouvement parti de Tizi Ouzou l’année dernière. En espérant venir à bout de la section qui était à l’avant-garde du combat syndical, ils espéraient montrer à tous les enseignants qu’ils n’ont d’autres choix que de se soumettre à la dictature résurgente. Ce n’est pas un hasard si des syndicalistes du CNES, un peu partout sur le territoire national, sont aujourd’hui intimidés, traduits devant les commissions paritaires, suspendus, et licenciés (universités d’Oran, Laghouat, El Tarf,…)
  • bref, à faire des enseignant(e)s non pas des hommes et des femmes de savoir jouissant d’un libre arbitre, mais des assujettis mis au pas, qui exécutent et reproduisent les tâches dans une logique taylorienne, sans en saisir la finalité.

                Malheureusement, aujourd’hui au lieu d’un surcroit de mobilisation, nous prêtons flanc à toutes ces attaques. Par lassitude ou par résignation, par désespoir ou par défiance, nous participons à notre propre dispersion. Notre démobilisation est un quitus aux responsables de l’UMMTO et à leurs acolytes de l’ombre, et à travers eux, à la tutelle, pour faire de nous ce que bon leur semblera. Et ils ne se gênent pas pour s’en réjouir comme le montre l’interview que le recteur a accordée à la Dépêche de Kabylie la veille des vacances (jeudi 17 décembre 2015). Déclarer que les trois jours de protestation du CNES (des 13, 14 et 15 décembre) n’ont eu aucun suivi à l’UMMTO (voir l’interview ci-jointe) ne peut relever que de la contre-vérité et du mépris envers tous les enseignant(e)s qui ont tenu à répondre « présent !» à cette action et tous les étudiants qui n’ont pas reçu d’enseignements durant ces trois journées. Dans un pays qui se respecte, un recteur d’université se serait soucié de la protestation ne serait-ce que d’un seul enseignant !! La réglementation ne fait-elle pas obligation à l’administration d’organiser des rattrapages des enseignements ratés ?

               Chers collègues, l’occasion nous sera donnée les 5, 6 et 7 janvier 2016 prochains, conformément aux décisions du Conseil National du CNES du 04 décembre dernier, pour réserver notre réponse aux déclarations du premier responsable de l’université, et à travers lui, à la tutelle. Apportons-lui et apportons leur un cinglant démenti, à travers une mobilisation sans précédent.

P/ Le Conseil syndical de la section

CNES-UMMTO                        

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