Tizi-Ouzou, le 26 avril 2015

 

A Monsieur le Premier Ministre de la République Algérienne Démocratique et Populaire

 

Objet : A/S notre courrier du 22 mars 2015 que nous vous avons envoyé par fax…

 

Monsieur le Premier Ministre,

Par le courrier ci-dessus référencé en objet, nous, enseignants de l’université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, vous avons fait appel afin que vous interveniez auprès des autorités ministérielles concernées (enseignement supérieur et habitat), de celles de notre établissement et de celles de la Wilaya de Tizi-Ouzou, pour les aider àapporter rapidement des solutions, aux graves déficits et dysfonctionnements, dont souffre notre université et à prendre l’attitude idoine et saine dans le présent conflit collectif de travail, nous opposant à toutes ces parties, notamment en concluant et signant des accords et des engagements, comme cela est en usage et comme prévu par la Loi 90-02 du 06 février 1990, relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs de travail et à l’exercice du droit de grève, et à laquelle attitude vous-même vous exhortez à travers votre instruction N°129/PM du 29 avril 2013.

En effet, Monsieur Le premier Ministre, cela fait deux mois et demi que les enseignants de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, sont en grève régulière sans que cela n’inquiète les responsables locaux et ministériels. Autrement cette grève n’aurait pas duré tout ce temps, bien plus, elle n’aurait même jamais eu lieu.

Hélas ! si on en est là, c’est parce que, les responsables de l’Université Mouloud MAMMERI et ceux de la Wilaya de Tizi Ouzou, ainsi que ceux du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, hiérarchie de notre employeur, ont sciemment ignoré les traditions en la matière, la loi ci-dessus référencée, voire leurs obligations statutaires, et n’ont pas fait preuve de sagesse ni de bon sens requis, en privilégiant et accordant la primauté à l’ego et aux intérêts nés des relations personnelles et amicales qui se sont développées entre eux au fil de longues années d’interactions et d’exercice de leurs responsabilités qu’ils ont laissé interférer négativement dans la gestion de l’actuel conflit collectif de travail qui prévaut dans notre établissement. C’est pourquoi la limitation des mandats s’avère, aujourd’hui plus qu’hier, indispensable à une gestion saine de l’université et du ministère de tutelle.

A titre d’exemple, quelques jours après vous avoir envoyé ce courrier ci-dessus référencé en objet, une délégation a été diligentée par notre ministère de tutelle. Elle était composée de l’inspecteur général et d’un directeur central chargé de l’hygiène et de l’amélioration du cadre de vie. Ils nous avaient laissé entendre qu’ils étaient à l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, suite à notre courrier que nous vous avons adressé. Mais, malheureusement, au lieu de procéder à la conciliation entre les parties en conflit de travail, pour laquelle ils ont été envoyés conformément aux articles 17 et 18 de la Loi 90-02, ils se sont livrés à une intercession en faveur du Recteur de notre établissement et sont allés jusqu’à dire qu’il n’y a pas conflit collectif de travail, eux qui étaient envoyés pour cela. La déclaration qu’ils ont faite à la presse suite à leur mission qu’ils n’ont jamais accomplie, en dit d’ailleurs long.

Même l’inspecteur du travail territorialement compétent, n’est pas intervenu pour tenter de réaliser une conciliation (article 6 de la Loi 90-02). C’est dire, que le pourrissement est savamment recherché.

En effet, Monsieur Le premier Ministre, la manière avec laquelle le présent conflit de travail, est géré, obéit à la logique autoritariste qui ne répond qu’à un seul souci, celui de faire échouer voire de châtier ceux et celles qui ont osé défier l’autorité du responsable et ce quelque soit son échelon, mais qui ne l’est plus en réalité dès lors que sa véritable nature de potentat s’est révélée au grand jour. La stratégie mise en œuvre, n’a qu’un seul objectif, c’est de casser la grève. Elle s’appuie pour cela sur l’attisement du conflit d’intérêt prévisible entre les étudiants et leurs enseignants, dès lors que les droits de ces derniers sont bafoués entraînant dans le même sillage ceux des premiers. Les étudiants sont alors directement, ou d’une manière subliminale, montés et poussés contre leurs enseignants pour leur reprocher et leur nier leur droit constitutionnel de recourir à la grève. Sans compter les menaces et intimidations exercées parfois ouvertement par les responsables facultaires et départementaux sur les enseignants grévistes, en totale violation de la Loi 90-02.

Monsieur Le Premier Ministre, est-ce comme çà que ça se gère un conflit collectif de travail ou tout autre conflit d’ailleurs ? N’est-ce pas, par la prise en charge intelligente et préventive des problèmes posés, donc en passant par la reconnaissance du partenaire social et l’entretien d’un partenariat sincère non pas hypocrite ? Le législateur algérien a pourtant prévu dans l’ordonnance 06-03 du 15 juillet 2006 portant statut général de la fonction publique, des dispositions qui peuvent et qui auraient pu dans le cas présent, éviter que les conflits et ce conflit en particulier ne s’enveniment. Il s’agit de la mise en place des comités techniques (articles 62, 70, 71, 72 et 73) consultés sur les questions relatives aux conditions générales de travail ainsi qu’à l’hygiène et à la sécurité. Ce que nous revendiquons. Hélas ! notre recteur, met en avant une soit disant absence de textes d’applications des dispositions de cette ordonnance. D’où le recours inévitable à la grève.

L’autre exemple tout aussi édifiant que nous pouvons vous donner ici, dans ce présent courrier, est le projet de décret exécutif modifiant et complétant le décret exécutif 08-130 du 03 mai 2008, portant statut particulier de l’enseignant-chercheur, que notre Ministre de tutelle compte vous soumettre incessamment pour adoption, si ce n’est pas déjà fait. Ce projet est en parfaite antinomie avec les fondements du métier d’enseignant-chercheur qu’il est censé précisément encadrer. Pire, il introduit des absurdités qui conduiront à terme à la disparition de ce métier. A moins que ce soit cela l’objectif recherché, ce projet de décret ne travail pas les intérêts de l’enseignant-chercheur, en particulier, et encore moins ceux de l’étudiant et de l’université, en général.

Ce projet a été confectionné quasi unilatéralement par la tutelle, sans concertation aucune avec les principaux concernés que sont les enseignants-chercheurs, eux-mêmes, ou du moins sans avoir veillé à ce qu’ils soient associés de la façon la plus large et la plus représentative possible. Il s’agit tout de même de leur statut particulier qui est censé reprendre tous les éléments qui définissent concrètement leur métier sur le terrain. Il ne s’agit aucunement d’inventer ou de réinventer ce métier. Et il ne s’agit surtout pas de reproduire les erreurs déjà commises dans sa version du 03 mai 2008, mais plutôt de les corriger comme nous l’avons maintes fois demandé et avec insistance.

Monsieur Le Premier Ministre, l’une des erreurs commise dans le texte de 2008, est le gel du grade d’assistant dans lequel on ne recrute plus, depuis, avec la perspective inavouée mais évidente de l’effacement et de la disparition de ce grade du statut. Or sur le terrain, ce grade ne saurait disparaître car il renvoi à une réalité qui ne saurait disparaître et à un niveau de responsabilité et à une mission inhérente au métier d’enseignant-chercheur. Tant qu’il y aura des amphithéâtres et des enseignements qui y seront dispensés, l’assistant restera indispensable et existera donc toujours. Avec le présent projet de révision de ce statut, le même sort est réservé au grade de maître-assistant, que rien ne peut faire disparaître de la réalité de la fonction d’enseignant-chercheur. Mais ce qui a été et est toujours à l’origine de ces aberrations, c’est la confusion entre diplôme et grade qui existe dans les esprits des concepteurs et rédacteurs du statut particulier de l’enseignant-chercheur, que l’absence de concertation réelle et représentative n’a pas su et pu éclairer. Le diplôme ne doit servir que comme condition à satisfaire pour le recrutement à un métier donné. L’évolution dans la carrière doit obéir à une évaluation basée sur des critères travaillant les besoins d’efficacité, de maîtrise et de performance dans le métier. Cela dit même avec le diplôme de magister ou de doctorat, on aurait dû, et on devra recruter des assistants. La différence de mérite réelle décidera seule de la vitesse avec laquelle chacun évoluera. Autrement, c’est-à-dire, l’effacement programmé des grades et la confusion entre grade et diplôme, conduiront inexorablement à la déstructuration qui est déjà en cours, du métier de l’enseignant-chercheur et à une anarchie qui travaillera et travaille déjà, puisque le processus est en cours, sournoisement à la prolifération de la médiocrité. Où est donc l’intérêt de l’étudiant et celui de l’université ?

Nous vous prions donc, Monsieur Le Premier Ministre, d’empêcher l’adoption de ce projet et d’obliger notre ministère de tutelle de le revoir en concertation avec les premiers concernés, les enseignants-chercheurs eux-mêmes, et ce dans le respect le plus stricte de l’identité de ce métier. Comme nous vous renouvelons notre appel à intervenir rapidement afin de dénouer et régler le présent conflit à l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou qui a déjà trop duré. Nous n’avons pas posé de problèmes sans solutions ni demandé l’impossible. Nous avons réclamé nos droits qui sont actuellement bafoués et demandé un minimum de respect pour ce que nous sommes, pour la réglementation qui nous unit et qui définit nos rapports. Comme nous avons demandé également la réparation des injustices commises. Mais nous n’avons jamais demandé à ce que tout soit réglé sur le champ. Ce qui peut l’être, doit l’être. Ce qui ne peut l’être, doit être pris en charge à travers un plan de règlement mettant en relief un échéancier clair et raisonnable et paraphé par un engagement en bonne et due forme.

Dans l’espérance d’une suite favorable à notre présente requête, veuillez agréer, Monsieur Le Premier Ministre, l’expression de notre haute considération.

                  

         P/L’Assemblée générale et le conseil syndical.

Tizi Ouzou, jeudi le 05/03/2015

P/L’Assemblée Générale

                       

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