Sigle de la CCUTO

Dimanche, le 17 juillet 2016


A Monsieur Le Recteur
de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou


Monsieur Le Recteur,


Deux mois environ après votre prise de fonction, force est de constater que votre gouvernance paraît suivre la même trajectoire que celle de vos deux prédécesseurs. La raison est évidente : vous avez adopté la même posture qu’eux face aux responsables notoires du chaos qui règne à l’Université Mouloud MAMMERI depuis leur installation à leurs postes, il y a maintenant près de deux décennies.
Peut-être avez-vous pensé qu’il est contraire à l’éthique de mettre fin aux fonctions, en tant que responsables, de collègues de même rang et génération que vous-mêmes et préféré prendre le risque de les reconduire, fort du sentiment de pouvoir pallier à leurs défauts, voire parer à leurs conspirations, le cas échéant ?
Vous conviendrez que si c’est le cas, ça serait faire preuve d’une naïveté déconcertante, qui, même si elle peut élever un tant soit peu sur le plan moral, elle conduit droit vers le déshonneur sur le plan carrière. La fin connue par chacun de vos deux prédécesseurs est encore fraiche dans les mémoires. Vous n’avez qu’à interroger la votre. Aucun d’eux n’a pu réaliser les objectifs pour lesquels ils ont été nommés : rétablir l’ordre, la sérénité et l’équité et réconcilier l’établissement avec les vraies valeurs universitaires.
La trêve observée par les différents syndicats (CNESTO, SNAPAP et CLE) dès l’annonce de votre nomination, ne signifie aucunement que ceux-ci sont satisfaits du simple fait d’avoir un nouveau recteur. Vous ne le savez pourtant que très bien puisque vous leur avez accordé plusieurs entrevues où ils vous ont rappelé, avec insistance, les attentes de la communauté universitaire dans son ensemble, et montré, preuve à l’appui, les sources des maux qui rongent l’université. Elle a été voulue comme un gage de leur volonté de construire un partenariat sur des bases saines et solides pourvu que cette volonté existe également de votre côté. Mais cette période de grâce, vu le nombre de problèmes en suspens et à la veille d’une rentrée qui s’annonce difficile, ne peut s’étendre indéfiniment.
En abordant avec vous la revendication et l’aspiration de la communauté universitaire à un changement dans tout le staff dirigeant et l’instauration de l’alternance pour tous les postes supérieurs (chef de département, doyen et vice-doyen, recteur et vice-recteur, secrétaire général central et facultaire, directeur et sous-directeurs,…), les syndicats ont perçu un autre son de cloche dans votre discours qui est évocateur d’une rétractation sur vos promesses et vos engagements de vos premiers instants en tant que recteur.
Ce nouveau son de cloche ne semble pas être une illusion puisque le maintien, à ce jour, des principaux artisans du chaos à l’UMMTO est là pour conforter et raviver les soupçons. Et il n’y a pas que cela. Si la procédure d’annulation du recrutement ciblée, qui a indigné la communauté universitaire dans sa quasi totalité, n’est pas encore engagée, ce n’est certainement pas par défaut de persuasion ou manque de preuves. Quoiqu’il en soit, ceci donne l’impression que vous avez renoncé à cet engagement de rendre justice aux candidats qui ont été lésés à l’entretien, à toute la collectivité ainsi qu’à l’institution éclaboussée par ce scandale.
Sur un autre registre, des simulacres de conseils de discipline continuent, en dépit de toute la crise qui a maintenu en haleine toute la communauté universitaire (étudiants, enseignants, ATS) et même au-delà (ministère de tutelle, autorités publique et citoyens) pendant presque une année entière, à être organisés, et des procédures disciplinaires engagées par des doyens, à l’encontre d’étudiants ou d’enseignants, sans prendre la peine de vérifier la conformité de ces conseils ou de jauger de la consistance et du bien fondé des dossiers sur lesquels ils sont appelés à statuer. Comment ne pas voir là des velléités, voire des tentatives d’instrumentalisation des instances disciplinaires à des fins de règlements de comptes personnels et de répression des libertés syndicales ? Comment ne pas voir là, un penchant pour le despotisme et la mesure de l’immaturité et de l’incompétence de pareils responsables par rapport aux responsabilités qui leur sont confiées ?
Des candidats à l’habilitation ont essuyé des rejets de la part du VRPGRS alors que les instances scientifiques habilitées ainsi que la commission ad-hoc désignée par le CSU et la direction ministérielle de la formation doctorale saisies après recours, leur ont donné gain de cause. Comment ne pas voir là, un arbitraire et un abus démesurés commis au vu et au su de tous, du simple fonctionnaire aux plus hauts responsables ministériels, par le VRPGRS de l’UMMTO qui n’en est pas d’ailleurs à sa première sans qu’il ne se soit jamais inquiété ? Comment ne pas voir dans l’impunité dont il a toujours bénéficié et dans son maintien dans son poste à ce jour, malgré la valse des recteurs, une prime au népotisme et au clientélisme ?
Même les candidats au doctorat ayant dépassé les délais d’inscription réglementaires, ne sont pas épargnés par l’arbitraire et les abus du VRPGRS. En effet, au moment où dans toutes les universités où ils se trouvent, ils ont bénéficié de l’inscription dérogatoire que la tutelle leur a accordée au titre de l’année universitaire encore en cours, à l’UMMTO, ce responsable s’est érigé contre et les en a privés, sans que personne (tutelle et recteur) ne se sente interpellé.
Evidemment vous n’ignorez aucun de ces dossiers puisqu’ils vous ont tous été soumis. Tous nécessitent des décisions fermes de votre part et de personne d’autre. Mais vous ne l’avez pas fait. Vous avez préféré recourir à des subterfuges inutiles qui ne règlent absolument rien. Aux interpellations insistantes des concernés et des syndicats, vous n’avez qu’une seule réponse dans la bouche, même lorsque vous êtes rendu destinataire d’une décision ministérielle vous sommant de réhabiliter un plaignant : « j’ai saisi ou je vais saisir le comité d’éthique ». S’agit-il d’une nouvelle instance suprême de l’établissement aux décisions de laquelle le recteur est tenu de se soumettre ou d’une fuite de responsabilité ?
Est-il utile de rappeler que ce comité n’a aucune existence légale car ne figurant pas dans l’organigramme de l’université ? Lui céder les prérogatives de recteur et lui confier des dossiers engageant l’avenir des étudiants ou des fonctionnaires, espérant bénéficier de sa couverture, est tout simplement contraire à l’éthique dont il se revendique, comme l’est d’ailleurs l’acceptation par ses membres de jouer le jeu.
En tant que premier responsable de cette université, vous vous devez de prendre des décisions en vous basant sur les rapports que vous faites établir par vos conseillers et collaborateurs, et veiller à leur exécution. Toute tergiversation ne sera qu’une fuite des responsabilités.
Des étudiants ont été lésés dans leurs droits par suite d’une lecture erronée de la réglementation de la part de responsables et de manœuvres répressives de l’activité syndicale. Des rapports établissant qu’il y a tort de l’administration ont été établis par le VRFSGFCD. Le bon sens aurait voulu qu’en dernier lieu des décisions de réhabilitation soient établies et adressées aux responsables impliqués directement pour exécution, et versées dans les dossiers des plaignants pour servir de justificatifs. Vous ne l’avez pas fait.
Des enseignants ont été lésés par le rejet arbitraire de leurs dossiers d’habilitation. Une commission mise en place par le CSU a tranché en faveur des candidats avec à l’appui une instruction ministérielle. Là encore, le bon sens aurait voulu que vous émettiez un ordre exécutif pour rétablir la procédure de candidature suivie. Vous ne l’avez pas fait.
Des procédures disciplinaires entachées d’erreurs et de vices de forme sont engagées contre des enseignants et des étudiants. Vous leur donnez suite et vous espérez peut être que la justice sera rendue dans ces conditions. Ne vous est-il pas venu à l’idée que des droits découlent de la procédure elle-même que personne n’a le droit d’ignorer car le faux ne peut impliquer le vrai et l’injuste le juste ? Vous aviez à rejeter ces dossiers pour irrégularité car c’est aux responsables d’apprendre à bien respecter les procédures et de les réintroduire. Vous ne l’avez pas fait.
Nous vous avons demandé d’examiner notre recours en annulation des élections de certaines commissions paritaires et de la commission des œuvres sociales, qui ont eu lieu récemment pour irrégularités flagrantes, nous n’avons eu à ce jour aucune réponse. Ignorez vous que même lorsque le plaignant a tort, une décision notifiée de votre part s’impose pour le classement du dossier ?
En revanche, en prenant l’initiative louable de rénover la salle de lecture de l’ex bibliothèque centrale du campus Hasnaoua, sciemment délaissée et abandonnée à la dégradation fort probablement pour justifier quelque usage ultérieur sans rapport avec sa vocation initiale, en recourant exclusivement au personnel de l’UMMTO qui ont fait d’ailleurs un excellent travail et dans un délai record, qu’aucune entreprise n’aurait fait avec ce niveau de qualité et dans ce délai, vous avez, Monsieur Le Recteur, donné la démonstration que de l’argent aurait pu être économisé depuis des années si on n’avait pas choisi de le dilapider à travers un recours systématique aux marchés publics, au moment où l’université est pensée de sorte à ce qu’elle soit dotée de toutes les compétences dont elle a besoin. Comment ne pas dire alors que l’infrastructure de l’UMMTO aurait pu être entretenue et rénovée périodiquement si le VRDPO n’a pas décidé autrement et adopté l’attitude attentiste qui est aujourd’hui responsable du renvoi aux calendes grecques de pareilles initiatives et de l’état de délabrement de l’infrastructure qui en est suivi et ce dans tous les campus ?
C’est de pareilles initiatives courageuses allant à l’encontre des intérêts personnels et parasites, que la communauté universitaire attend avec impatience de votre part. Comme elle attend également la mise à l’écart de tous les responsables du chaos, du despotisme et népotisme régnant depuis fort longtemps, et la réhabilitation dans ses droits de tout plaignant lésé.
A l’ère de la société de l’information, l’université continue encore de fonctionner par la rumeur qui empoisonne les rapports entre ses différentes composantes. C’est le cas par exemple des projets de création d’instituts et de transfert de certaines spécialités à Tamda pour la prochaine rentrée universitaire. Cela aurait pu être évité si avec l’implication du Vice-rectorat chargé des relations extérieures, de la coopération et de la communication, vous aviez organisé une campagne d’information des plus dignes sur les dits projets pour en expliquer les modalités et la finalité, afin d’impliquer tous les concernés et rassurer ceux qui appréhendent déjà une déportation forcée.
L’année prochaine sera encore plus difficile, notamment si les nouvelles places pédagogiques venaient à ne pas être livrées dans les délais promis. Nous serions alors dans des conditions d’exiguïté favorable aux conflits que seul préviendra un vrai partenariat dans un cadre fait de transparence, de respect des procédures, de la réglementation et des principes d’équité et de convivialité, le seul auquel nous aspirons.
La trêve observée par les syndicats et l’accord des deux parties d’organiser conjointement un séminaire pour l’élaboration et l’adoption d’une charte d’éthique et d’un règlement intérieur sans lesquels aucune justice, aucune équité ni sérénité ne seront possibles, représentent un gage du concours que la communauté est prête à vous apporter si réellement votre intention est de redresser cette institution. Dans le cas contraire, vous savez très bien Monsieur le Recteur, que vous pouvez compter sur notre détermination.
Attendant toujours la réunion de travail autour du protocole d’accord CNESTO-UMMTO et la mise en place du comité d’organisation du séminaire pour l’élaboration d’une charte d’éthique et d’un règlement intérieur, veuillez agréer, Monsieur Le Recteur, nos salutations distinguées.

Le CNES-UMMTO       LE SNAPAP-UMMTO      CLE

Copie pour : Monsieur le Ministre

C’est des petits renoncements que naissent les grandes défaites.

Cher(e)s collègues enseignant(e)s,

On s’apprête à accueillir la nouvelle année civile à l’université Mouloud Mammeri alors que l’année universitaire 2015-2016 n’a toujours pas atteint son rythme de croisière, le tout dans une ambiance morose et un moral en berne.

C’est que la désillusion est grande ! Car après le formidable mouvement de grève de l’année dernière, les enseignants, qui ont supporté la pression d’un long statut quo, sciemment maintenu par les responsables, et par la suite, l’énorme charge de travail qui a suivi la reprise, n’arrivent pas à comprendre que la seule réponse qu’ils reçoivent aujourd’hui soit un surcroit de mépris à leur égard de la part de la tutelle et du nouveau recteur.

En effet, alors que tout le monde s’échinait à rattraper le retard, le nouveau recteur, installé en catimini en juin, échafaudait son plan pour effacer toute trace de la contestation qui a tenu en haleine toute la communauté universitaire (et au-delà), et faire en sorte qu’elle ne se reproduise pas à l’avenir, en réduisant au silence toute voix discordante et en tentant de casser tous les ressorts de résistance du corps enseignant. C’est avec ce plan en tête que le nouveau recteur a usé de toutes sortes de subterfuges, pour éviter de  rencontrer les représentants du CNES qui demandaient avec insistance une réunion, pendant les vacances pour préparer la rentrée qui s’annonçait difficile et surtout éviter d’entamer une nouvelle année par un nouveau conflit.

Il a commencé par dénier la représentativité et même la légalité à la section CNES avant de se lancer, dès la rentrée, dans une opération de propagande digne des années de plomb de jadis, pour mettre en garde contre les « dangers des syndicats », en faisant convoquer les enseignants par les doyens des facultés (certaines ont été omises ou exclues ?) pour assister à de véritables meetings. « Exit les syndicats ! L’autorité suprême, c’est moi ! Et cette autorité connait vôtre intérêt mieux que vous et se soucie de votre bien-être bien mieux que vous ! Fiez-vous à elle et à elle seule ! ». Plongeant ses racines dans l’histoire du mouvement national et consubstantielle à la pensée orientale, cette culture de l’homme providentiel, qu’on croyait révolue, du moins à l’université et de surcroit quand elle porte le nom de Mouloud Mammeri, a apparemment de beaux jours devant elle.  

Ainsi, pendant que les enseignants s’évertuaient dès septembre à résorber ce qui restait du retard de l’année universitaire écoulée, l’administration de l’UMMTO manigance avec zèle, non pas pour trouver des solutions aux problèmes objectifs que les enseignants ont posé, mais pour neutraliser le cadre qui a permis leur expression.

                Bien sûr, que nos responsables savent très bien que ce n’est pas en se débarrassant de ceux qui les soulèvent qu’on se débarrasse des problèmes. Mais leur objectif est ailleurs ! Il consiste à neutraliser à l’avance toute forme de protestation et de résistance organisées qui risquerait de contrarier les plans futurs qu’on prépare pour l’UMMTO ou les mesures d’austérité qui s’annoncent. Une austérité dont on a déjà un avant-gout à travers le gel annoncé du projet des 220 logements du programme présidentiel, dont le Wali sortant nous avait annoncé le lancement pour septembre 2015. Pourtant l’enveloppe budgétaire de ce programme ne date pas d’aujourd’hui mais remonte à l’exercice 2006, sans compter l’engagement solennel du gouvernement à poursuivre la réalisation de tous les programmes de logements à travers tout le pays. Toute occasion est bonne à saisir pour ces gens-là !! C’est dire quel mépris ils nourrissent envers l’enseignant ! Les propos du genre « C’est de l’inconscience ! C’est de l’égoïsme ! », proférés à l’encontre des enseignants durant la grève, ne devraient-ils pas être retournés ici à cette caste qui vient de rejeter un programme de logement pour les enseignants, car elle n’a en tête que la rentabilisation de ses biens immobiliers qu’elle loue aux universitaires à des tarifs exorbitants ?

En tentant de neutraliser le CNES, les responsables à la tête de l’UMMTO et, à travers eux, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre, visent à :

  • neutraliser le seul cadre capable de faire entendre la voix des enseignants, que ce soit à l’échelle locale ou nationale ;
  • neutraliser le seul cadre capable de s’opposer aux plans d’éclatement de l’UMMTO, car le conseil d’administrationde l’université (CAU) et le conseil scientifique de l’université (CSU) sont, constamment, réduits à de simples chambres d’enregistrement, qu’on ne réunit que pour avaliser des choix faits ailleurs et lorsque la réglementation oblige à passer par elles. La récente décision de transférer les étudiants de première année médecine (on parle même de la faculté de médecine, austérité oblige) au campus de TAMDA, au lieu d’insister sur le maintien du projet de la nouvelle faculté de médecine à OUED FALLI comme annoncé l’année passée par le Wali, sans que cela ne soit discuté dans aucun de ces conseils, illustre bien cet état de fait. Pourtant la réglementation (article 13 du décret exécutif 03-279 du 23 août 2003) stipule que le conseil d’administration de l’université délibère sur les plans de développement de celle-ci à court, moyen et long terme. Ce qui signifie que l’université doit se doter de plans de développement et les porter à la connaissance de la communauté universitaire et des citoyens dans toute la transparence requise. Ces plans doivent être ensuite adoptés par le conseil d’administration après que le débat, organisé à tous les niveaux (département, faculté et université), ait été bien mené et bien mûri ;
  • éjecter le CNES de la commission logement pour priver les enseignants de leur droit de regard sur le classement et la distribution des logements en voie d’achèvement (prêt du Ministère de l’Habitat), comme ils l’ont déjà fait avec la commission des œuvres sociales de l’UMMTO. A ce propos, les enseignants demandeurs de logements, devraient s’en soucier, d’autant plus que ce qui s’est passé l’année écoulée à BEJAÏA est encore frais dans les mémoires !
  • continuer à dénier au corps enseignant, lui qui est plus au fait des lacunes et vrais besoins de l’université, le droit d’être partie prenante dans l’élaboration de solutions et de projections futures de développement ;
  • envoyer un signal fort à tous les enseignants du supérieur qui avaient repris espoir après le mouvement parti de Tizi Ouzou l’année dernière. En espérant venir à bout de la section qui était à l’avant-garde du combat syndical, ils espéraient montrer à tous les enseignants qu’ils n’ont d’autres choix que de se soumettre à la dictature résurgente. Ce n’est pas un hasard si des syndicalistes du CNES, un peu partout sur le territoire national, sont aujourd’hui intimidés, traduits devant les commissions paritaires, suspendus, et licenciés (universités d’Oran, Laghouat, El Tarf,…)
  • bref, à faire des enseignant(e)s non pas des hommes et des femmes de savoir jouissant d’un libre arbitre, mais des assujettis mis au pas, qui exécutent et reproduisent les tâches dans une logique taylorienne, sans en saisir la finalité.

                Malheureusement, aujourd’hui au lieu d’un surcroit de mobilisation, nous prêtons flanc à toutes ces attaques. Par lassitude ou par résignation, par désespoir ou par défiance, nous participons à notre propre dispersion. Notre démobilisation est un quitus aux responsables de l’UMMTO et à leurs acolytes de l’ombre, et à travers eux, à la tutelle, pour faire de nous ce que bon leur semblera. Et ils ne se gênent pas pour s’en réjouir comme le montre l’interview que le recteur a accordée à la Dépêche de Kabylie la veille des vacances (jeudi 17 décembre 2015). Déclarer que les trois jours de protestation du CNES (des 13, 14 et 15 décembre) n’ont eu aucun suivi à l’UMMTO (voir l’interview ci-jointe) ne peut relever que de la contre-vérité et du mépris envers tous les enseignant(e)s qui ont tenu à répondre « présent !» à cette action et tous les étudiants qui n’ont pas reçu d’enseignements durant ces trois journées. Dans un pays qui se respecte, un recteur d’université se serait soucié de la protestation ne serait-ce que d’un seul enseignant !! La réglementation ne fait-elle pas obligation à l’administration d’organiser des rattrapages des enseignements ratés ?

               Chers collègues, l’occasion nous sera donnée les 5, 6 et 7 janvier 2016 prochains, conformément aux décisions du Conseil National du CNES du 04 décembre dernier, pour réserver notre réponse aux déclarations du premier responsable de l’université, et à travers lui, à la tutelle. Apportons-lui et apportons leur un cinglant démenti, à travers une mobilisation sans précédent.

P/ Le Conseil syndical de la section

CNES-UMMTO                        

Tizi Ouzou, le 03 juin 2015

Aux fonctionnaires de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou

           

Mesdames et Messieurs,

L’administration de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou a récemment (le dimanche 31 mai 2015) organisé une élection en vue du renouvellement de la commission des œuvres sociales.

Le CNESTO a contesté, dès le départ, les modalités suivies pour organiser cette élection et réaliser ce renouvellement, au sujet de laquelle il a saisi aussi bien l’inspection du travail que la tutelle.

L’administration de l’UMMTO, représentée par son Recteur, en suivant une procédure conçue unilatéralement, a piétiné la réglementation (Décret Présidentiel 82-303 du 11 septembre 1982) définissant les véritables – parce qu’elles demeurent les seules en vigueur dans notre République – modalités de renouvellement de cette commission et ce en dépit de son interpellation par la tutelle sur le respect de celle-ci (voir le courrier du 24 mai 2015 émanant de Sous-Direction du Suivi et de la Progression des Carrières des Personnels du MESRS et enjoignant au rectorat l’application des article 23[1] et 24[2] du dudit Décret), sous prétexte qu’elle est dépassée.

Le CNESTO voit dans cette procédure, plus qu’un simple piétinement de la réglementation, un déni du droit des syndicats représentatifs, donc de la majorité des fonctionnaires qu’ils représentent, droit pourtant consacré par cette réglementation, de désigner ou d’élire les membres de cette commission.

L’élection telle qu’elle a été conçue par l’administration de l’UMMTO, était biaisée dès le départ : pour les enseignants, il s’agit d’élire deux candidats (un membre permanent et un suppléant) par faculté. Pour le personnel ATS, il s’agit d’élire deux candidats (un membre permanent et un suppléant) par faculté et quatre (deux membres permanents et deux suppléants) pour le rectorat. Ainsi les enseignants seront représentés par neuf (09) membres permanents et neuf (09) suppléants alors que les ATS seront représentés par onze (11) membres permanents et onze (11) suppléants) pour un effectif total enseignants supérieur à celui des ATS.

Selon la vision de l’administration de l’UMMTO, les candidats élus composeront par corps deux sous commissions, une pour les enseignants et une pour les ATS. Ces deux sous commissions se réuniront ensuite pour décider de la composante de la commission, la seule réglementaire, des œuvres sociales des fonctionnaires de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou dont le nombre ne saura dépasser neuf (09) membres, parce que là, on se souvient que la réglementation est toujours là et qu’elle n’est pas finalement dépassée, mieux que cela, qu’on ne peut pas l’ignorer. Suivant quelles modalités et quels critères cette composante va-t-elle être déterminée ? Personne ne le sait, pas même les candidats ni ceux qui sont arrivés en tête lors de cette élection. De plus, sur le terrain, quelle structure aura le pouvoir de délibération ? En vertu de la réglementation c’est la commission et non pas les sous commissions. Ce qui rend donc problématique le respect par la commission des décisions des sous commissions.

Alors qu’on ne nous parle surtout pas de démocratie ! Parce qu’il y là un gros quiproquo. La démocratie ne prend pleinement son sens que dans le respect des règles préétablies et pré-adoptées par tous les concernés. Ce qui revient à dire qu’elle ne s’exerce que dans le cadre républicain. En dehors de ce cadre, il s’agit de ‘démocratisme’ comme c’est le cas présentement.

La question du mobile de ce ‘démocratisme’ mérite d’être posée. S’agit-il d’une manœuvre visant la mainmise sur la commission, la gestion et le budget des œuvres sociales ou véritablement d’un souci de faire représenter tous les fonctionnaires dans cette commission ?

Dans le premier cas, ceci explique cela. Mais dans le deuxième cas, du moment que les fonctionnaires, quel que soient leur rang, se répartissent en syndiqués et indépendants, la logique aurait voulu que les syndicats s’occupent de l’élection de leurs représentants et l’administration de celle des non syndiqués, et les sièges de la commission répartis au prorata des effectifs (E) respectifs et de la contribution (C%) de la masse salariale au budget des œuvres sociales (ExC%).

Le CNESTO s’est pourtant montré souple concernant l’application de la réglementation, en exprimant sa volonté d’adopter la procédure élective, mais à la condition que les syndicats soient associés à sa conception, son organisation et sa supervision, mais aussi à la condition qu’il n’y ait qu’une seule liste de candidats par corps, enseignants et ATS, pour toute l’université, où chaque électeur, par corps, se prononcera sur chaque candidature de la liste du corps concerné.

Cette élection ne peut en aucun cas être validée si la participation n’atteint pas au moins 50% des inscrits. A travers ce scrutin les fonctionnaires de l’UMMTO éliront leurs représentants dans les deux sous-commissions (Enseignants et ATS) dont le nombre sera fixé au prorata de l’effectif des fonctionnaires de chaque corps, à raison d’un (01) élu pour 200 fonctionnaires. Ces deux sous commissions désigneront par la suite leurs représentants dans la Commission des œuvres sociales composée de neuf (09) membres, au prorata du nombre de fonctionnaires de chaque corps et de sa contribution au budget de la commission.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que le CNESTO consent cette concession. Car, par-delà ce piétinement de la réglementation, c’est du reniement de l’esprit républicain et d’une porte grande ouverte au totalitarisme dont il s’agit. N’est-ce pas le non respect des règles et des principes préétablis et pré-adoptés qui caractérise tout totalitarisme ? Aujourd’hui on consent à un refus solennel de l’application d’un texte réglementaire et demain ça sera un autre texte et ainsi de suite… on assistera alors à l’émergence d’une réglementation extrêmement variable et par essence injuste et arbitraire. Mais cela voudrait dire aussi, quelque part, que la République cèdera petit à petit place à la monarchie ou à l’oligarchie. Laisserons-nous donc cela arriver sans la moindre réaction ?

Lorsque l’on juge un texte comme étant dépassé ou inadapté à la réalité, ce n’est pas en le bafouant que l’on arrivera à l’améliorer et l’actualiser. Il nous appartient à nous les fonctionnaires de poser le problème et de faire toute la pression qu’il faut avec tous les moyens légaux dont nous disposons pour arriver à le faire évoluer dans le sens qui nous semblerait être le meilleur. Mais c’est au législateur de le modifier et/ou de l’amender car c’est à lui que revient le droit constitutionnel de légiférer. Personne d’autre n’a le droit de se substituer à lui.

Ainsi et pour que nul n’ignore les tenants et aboutissants de ce débat aussi sourd soit-il autour de la commission des œuvres sociales, nous en appelons aux consciences des uns et des autres pour une prise de position en toute connaissance de cause et pour que demain chacun assume son choix devant l’histoire.

P/Le Conseil syndical

 


[1] Art.23- Les commissions prévues au 2ème alinéa de l’article 21 du présent décret, peuvent être créées à l’initiative de l’autorité compétente ou, selon le cas, de l’instance syndicale concernée ou des représentants élus des travailleurs.

[2] Art.24- La commission des œuvres sociales est composée, suivant l’importance des effectifs, de cinq à neuf (5 à 9) membres titulaires et de deux à trois (2 à 3) suppléants désignés, selon le cas, par l’instance syndicale concernée ou par les représentants élus des travailleurs.

Les membres suppléants ne peuvent participer qu’à titre consultatif aux travaux de la commission, sauf s’ils remplacent des membres titulaires.

Tizi-Ouzou, le 26 avril 2015

 

A Monsieur le Premier Ministre de la République Algérienne Démocratique et Populaire

 

Objet : A/S notre courrier du 22 mars 2015 que nous vous avons envoyé par fax…

 

Monsieur le Premier Ministre,

Par le courrier ci-dessus référencé en objet, nous, enseignants de l’université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, vous avons fait appel afin que vous interveniez auprès des autorités ministérielles concernées (enseignement supérieur et habitat), de celles de notre établissement et de celles de la Wilaya de Tizi-Ouzou, pour les aider àapporter rapidement des solutions, aux graves déficits et dysfonctionnements, dont souffre notre université et à prendre l’attitude idoine et saine dans le présent conflit collectif de travail, nous opposant à toutes ces parties, notamment en concluant et signant des accords et des engagements, comme cela est en usage et comme prévu par la Loi 90-02 du 06 février 1990, relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs de travail et à l’exercice du droit de grève, et à laquelle attitude vous-même vous exhortez à travers votre instruction N°129/PM du 29 avril 2013.

En effet, Monsieur Le premier Ministre, cela fait deux mois et demi que les enseignants de l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, sont en grève régulière sans que cela n’inquiète les responsables locaux et ministériels. Autrement cette grève n’aurait pas duré tout ce temps, bien plus, elle n’aurait même jamais eu lieu.

Hélas ! si on en est là, c’est parce que, les responsables de l’Université Mouloud MAMMERI et ceux de la Wilaya de Tizi Ouzou, ainsi que ceux du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, hiérarchie de notre employeur, ont sciemment ignoré les traditions en la matière, la loi ci-dessus référencée, voire leurs obligations statutaires, et n’ont pas fait preuve de sagesse ni de bon sens requis, en privilégiant et accordant la primauté à l’ego et aux intérêts nés des relations personnelles et amicales qui se sont développées entre eux au fil de longues années d’interactions et d’exercice de leurs responsabilités qu’ils ont laissé interférer négativement dans la gestion de l’actuel conflit collectif de travail qui prévaut dans notre établissement. C’est pourquoi la limitation des mandats s’avère, aujourd’hui plus qu’hier, indispensable à une gestion saine de l’université et du ministère de tutelle.

A titre d’exemple, quelques jours après vous avoir envoyé ce courrier ci-dessus référencé en objet, une délégation a été diligentée par notre ministère de tutelle. Elle était composée de l’inspecteur général et d’un directeur central chargé de l’hygiène et de l’amélioration du cadre de vie. Ils nous avaient laissé entendre qu’ils étaient à l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou, suite à notre courrier que nous vous avons adressé. Mais, malheureusement, au lieu de procéder à la conciliation entre les parties en conflit de travail, pour laquelle ils ont été envoyés conformément aux articles 17 et 18 de la Loi 90-02, ils se sont livrés à une intercession en faveur du Recteur de notre établissement et sont allés jusqu’à dire qu’il n’y a pas conflit collectif de travail, eux qui étaient envoyés pour cela. La déclaration qu’ils ont faite à la presse suite à leur mission qu’ils n’ont jamais accomplie, en dit d’ailleurs long.

Même l’inspecteur du travail territorialement compétent, n’est pas intervenu pour tenter de réaliser une conciliation (article 6 de la Loi 90-02). C’est dire, que le pourrissement est savamment recherché.

En effet, Monsieur Le premier Ministre, la manière avec laquelle le présent conflit de travail, est géré, obéit à la logique autoritariste qui ne répond qu’à un seul souci, celui de faire échouer voire de châtier ceux et celles qui ont osé défier l’autorité du responsable et ce quelque soit son échelon, mais qui ne l’est plus en réalité dès lors que sa véritable nature de potentat s’est révélée au grand jour. La stratégie mise en œuvre, n’a qu’un seul objectif, c’est de casser la grève. Elle s’appuie pour cela sur l’attisement du conflit d’intérêt prévisible entre les étudiants et leurs enseignants, dès lors que les droits de ces derniers sont bafoués entraînant dans le même sillage ceux des premiers. Les étudiants sont alors directement, ou d’une manière subliminale, montés et poussés contre leurs enseignants pour leur reprocher et leur nier leur droit constitutionnel de recourir à la grève. Sans compter les menaces et intimidations exercées parfois ouvertement par les responsables facultaires et départementaux sur les enseignants grévistes, en totale violation de la Loi 90-02.

Monsieur Le Premier Ministre, est-ce comme çà que ça se gère un conflit collectif de travail ou tout autre conflit d’ailleurs ? N’est-ce pas, par la prise en charge intelligente et préventive des problèmes posés, donc en passant par la reconnaissance du partenaire social et l’entretien d’un partenariat sincère non pas hypocrite ? Le législateur algérien a pourtant prévu dans l’ordonnance 06-03 du 15 juillet 2006 portant statut général de la fonction publique, des dispositions qui peuvent et qui auraient pu dans le cas présent, éviter que les conflits et ce conflit en particulier ne s’enveniment. Il s’agit de la mise en place des comités techniques (articles 62, 70, 71, 72 et 73) consultés sur les questions relatives aux conditions générales de travail ainsi qu’à l’hygiène et à la sécurité. Ce que nous revendiquons. Hélas ! notre recteur, met en avant une soit disant absence de textes d’applications des dispositions de cette ordonnance. D’où le recours inévitable à la grève.

L’autre exemple tout aussi édifiant que nous pouvons vous donner ici, dans ce présent courrier, est le projet de décret exécutif modifiant et complétant le décret exécutif 08-130 du 03 mai 2008, portant statut particulier de l’enseignant-chercheur, que notre Ministre de tutelle compte vous soumettre incessamment pour adoption, si ce n’est pas déjà fait. Ce projet est en parfaite antinomie avec les fondements du métier d’enseignant-chercheur qu’il est censé précisément encadrer. Pire, il introduit des absurdités qui conduiront à terme à la disparition de ce métier. A moins que ce soit cela l’objectif recherché, ce projet de décret ne travail pas les intérêts de l’enseignant-chercheur, en particulier, et encore moins ceux de l’étudiant et de l’université, en général.

Ce projet a été confectionné quasi unilatéralement par la tutelle, sans concertation aucune avec les principaux concernés que sont les enseignants-chercheurs, eux-mêmes, ou du moins sans avoir veillé à ce qu’ils soient associés de la façon la plus large et la plus représentative possible. Il s’agit tout de même de leur statut particulier qui est censé reprendre tous les éléments qui définissent concrètement leur métier sur le terrain. Il ne s’agit aucunement d’inventer ou de réinventer ce métier. Et il ne s’agit surtout pas de reproduire les erreurs déjà commises dans sa version du 03 mai 2008, mais plutôt de les corriger comme nous l’avons maintes fois demandé et avec insistance.

Monsieur Le Premier Ministre, l’une des erreurs commise dans le texte de 2008, est le gel du grade d’assistant dans lequel on ne recrute plus, depuis, avec la perspective inavouée mais évidente de l’effacement et de la disparition de ce grade du statut. Or sur le terrain, ce grade ne saurait disparaître car il renvoi à une réalité qui ne saurait disparaître et à un niveau de responsabilité et à une mission inhérente au métier d’enseignant-chercheur. Tant qu’il y aura des amphithéâtres et des enseignements qui y seront dispensés, l’assistant restera indispensable et existera donc toujours. Avec le présent projet de révision de ce statut, le même sort est réservé au grade de maître-assistant, que rien ne peut faire disparaître de la réalité de la fonction d’enseignant-chercheur. Mais ce qui a été et est toujours à l’origine de ces aberrations, c’est la confusion entre diplôme et grade qui existe dans les esprits des concepteurs et rédacteurs du statut particulier de l’enseignant-chercheur, que l’absence de concertation réelle et représentative n’a pas su et pu éclairer. Le diplôme ne doit servir que comme condition à satisfaire pour le recrutement à un métier donné. L’évolution dans la carrière doit obéir à une évaluation basée sur des critères travaillant les besoins d’efficacité, de maîtrise et de performance dans le métier. Cela dit même avec le diplôme de magister ou de doctorat, on aurait dû, et on devra recruter des assistants. La différence de mérite réelle décidera seule de la vitesse avec laquelle chacun évoluera. Autrement, c’est-à-dire, l’effacement programmé des grades et la confusion entre grade et diplôme, conduiront inexorablement à la déstructuration qui est déjà en cours, du métier de l’enseignant-chercheur et à une anarchie qui travaillera et travaille déjà, puisque le processus est en cours, sournoisement à la prolifération de la médiocrité. Où est donc l’intérêt de l’étudiant et celui de l’université ?

Nous vous prions donc, Monsieur Le Premier Ministre, d’empêcher l’adoption de ce projet et d’obliger notre ministère de tutelle de le revoir en concertation avec les premiers concernés, les enseignants-chercheurs eux-mêmes, et ce dans le respect le plus stricte de l’identité de ce métier. Comme nous vous renouvelons notre appel à intervenir rapidement afin de dénouer et régler le présent conflit à l’Université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou qui a déjà trop duré. Nous n’avons pas posé de problèmes sans solutions ni demandé l’impossible. Nous avons réclamé nos droits qui sont actuellement bafoués et demandé un minimum de respect pour ce que nous sommes, pour la réglementation qui nous unit et qui définit nos rapports. Comme nous avons demandé également la réparation des injustices commises. Mais nous n’avons jamais demandé à ce que tout soit réglé sur le champ. Ce qui peut l’être, doit l’être. Ce qui ne peut l’être, doit être pris en charge à travers un plan de règlement mettant en relief un échéancier clair et raisonnable et paraphé par un engagement en bonne et due forme.

Dans l’espérance d’une suite favorable à notre présente requête, veuillez agréer, Monsieur Le Premier Ministre, l’expression de notre haute considération.

                  

         P/L’Assemblée générale et le conseil syndical.

Tizi Ouzou, jeudi le 05/03/2015

P/L’Assemblée Générale

                       

Tizi-Ouzou, le 22 mars 2015

A Monsieur le Premier Ministre de la République Algérienne Démocratique et Populaire

Objet : Appel des enseignants                                                                                                                       

de l’université MOULOUD MAMMERI

de Tizi-Ouzou et demande d’audience

Monsieur le Premier Ministre,

Nous avons l’honneur de vous adresser cet appel pour vous demander d’intervenir auprès des autorités ministérielles concernées et des autorités locales de la Wilaya de Tizi-Ouzou afin qu’elles apportent rapidement des solutions aux graves déficits et dysfonctionnements dont souffre notre université.

Les enseignants de l’UMMTO et leur section syndicale (CNES Tizi-Ouzou) ont fait preuve d’une grande patience pendant de nombreuses années et ont cru en toute bonne foi dans les engagements et les promesses des autorités locales et des responsables de l’université.

Au fil des années ces promesses et engagements se sont avérées n’être que des annonces sans lendemain et toutes les démarches du CNESTO auprès de monsieur le Wali, auprès du recteur et auprès de la tutelle se sont révélées vaines.

Depuis plusieurs années en effet, l’UMMTO est engluée dans une situation de marasme qui va en s’aggravant.

Jugez-en Monsieur le Premier Ministre,

1-     De graves problèmes de sécurité notamment au niveau du campus de Tamda (où il y a eu mort d’homme) et qui est d’ailleurs fermé depuis le dimanche 15 mars, mais aussi celui de Boukhalfa, sans compter les multiples dangers et actes de violences au niveau de toute l’UMMTO et de son environnement immédiat

2-     Un fonctionnement chaotique des rouages administratifs, pédagogiques et scientifiques qui handicapent gravement en quantité et en qualité l’ensemble des activités relevant des missions de l’université.

3-     Le règne sans partage de hauts responsables inamovibles (certains cumulent plus de dix ans, voire quinze ans, alors que leur gestion est loin de justifier cette pérennité) et la négation des droits du partenaire syndical, considéré comme un intrus qui n’a pas à se mêler des affaires de l’université. « Celui qui va me dire ce que j’ai à faire n’est pas encore né ! » : telle est la réponse habituelle du recteur aux doléances des enseignants et du CNES-TO, réponse qu’il a répétée devant des centaines d’enseignants lors de la rencontre du 12 mars 2015.

4-     Une gestion approximative des moyens matériels et des ressources humaines et financières, loin des règles de l’éthique et de la déontologie universitaires d’où ont résulté de graves insuffisances en matière d’hygiène et une gouvernance focalisée sur l’ajustement des flux d’apprenants au nombre de chaises dans les locaux pédagogiques.

5-     Face au manque d’infrastructures et à la vétusté de celles existantes -l’UMMTO consiste en effet en grande partie de très anciennes structures déjà utilisées (ou prévues pour être utilisées) par les secteurs de la formation professionnelle (deux structures) ou de l’éducation nationale (trois structures)- les responsables de notre université ont concocté en solo et de manière précipitée «  un plan quinquennal » dont le contenu est en deçà des besoins réels et dont la réalisation, très improbable, est à renvoyer aux calendes grecques, compte tenu des contreperformances – avérées depuis deux décennies- tant des organes de gestion que des moyens de réalisation au niveau de la région. Parmi les conséquences de ces contraintes structurelles, nous avons par exemple :

-        les deux tiers des enseignants ne disposent pas d’espace-bureau

-        de très nombreuses spécialités de formation sont hyper-surchargées.

6-     Les responsables de l’UMMTO comptent dépecer l’UMMTO elle-même en deux ou trois établissements universitaires, sacrifiant le caractère multidisciplinaire, la stabilité du fonctionnement et les normes de travail permettant la qualité des performances pédagogiques et scientifiques. Au lieu de s’atteler à la mise en place d’une nouvelle université au niveau du campus de Tamda, par la création de facultés et d’instituts qui viendront désengorger les structures pédagogiques des autres campus, les responsables de l’UMMTO s’enferment dans une démarche de rafistolage ininterrompu avec des conséquences graves sur les facultés existantes qui se retrouvent éparpillées sur plusieurs sites (30 km de distance entre les campus Hasnaoua II et celui de Tamda) pendant une durée quasiment illimitée.

7-     L’épineux problème de logement que les autorités locales n’arrivent pas à prendre en charge de façon sérieuse depuis une quinzaine d’années, l’UMMTO n’ayant reçu aucun quota de logement depuis 2001. Le programme LSP (depuis 2004) n’a donné lieu à la réalisation d’aucun logement. Le programme de logement haut standing (depuis 2006) n’est pas encore en phase de réalisation. Plus d’un millier de collègues sont actuellement concernés par le problème du logement, dont plusieurs centaines résident (avec leurs parents) au fin-fond de la montagne du Djurdjura ou dans d’autres wilayas. La promesse de la wilaya de réaffecter 240 logements du secteur social au profit de l’université ne permet pas d’éponger le passif de manière satisfaisante et nous savons que la demande augmentera sensiblement d’année en année dans le futur proche. La grande majorité des enseignants demandeurs de logement perçoivent des salaires inférieurs à 60 000 dinars par mois et le loyer mensuel d’un trois pièces à Tizi-Ouzou est déjà à 25 000- 30 000 dinars : outre les conséquences drastiques sur les performances pédagogiques et la production scientifique (le logement étant en fait un moyen de travail), ce sont les projets de vie d’un millier d’enseignants qui sont annihilés.

Faut-il que des enseignants universitaires de l’UMMTO se mettent dans des bidonvilles pour que les autorités soient sensibilisées sur leur sort ?

Face aux faits -têtus- et face à l’aggravation des déficits et dysfonctionnements, la confiance et l’espoir se sont effondrés et ces dures réalités nous ont amenés à décider de recourir aux moyens de la pression syndicale visant à tirer la sonnette d’alarme et alerter les autorités locales et nationales.

Soucieux de préserver les activités pédagogiques, les enseignants, à travers le CNESTO, ont organisé cette pression de façon graduelle.

-    Dépôt de la plateforme de revendications auprès du recteur, du Wali, et rencontres avec eux et leurs collaborateurs pour avancer sérieusement dans le règlement des problèmes.

-    Sit-in et marches à l’intérieur et à l’extérieur de l’université avant le déclenchement de la grève.

Malheureusement, pendant tout un semestre, cela n’a pas alerté les concernés. Les responsables de l’université et les autorités locales ont continué de nous répéter des promesses qui par ailleurs sont loin de répondre dans les délais raisonnables aux préoccupations des enseignants et de la communauté universitaire en général.

Cette déconsidération des enseignants que nous sommes, nous a conduits à entrer en grève et à multiplier les actions de protestation (marches et sit-in devant le MESRS, délégations) pour sensibiliser les plus hauts responsables de notre université, de notre secteur et de la Wilaya de Tizi-Ouzou.

Malheureusement, tout se passe comme si les différentes institutions concernées ne prennent pas la mesure de la gravité de la situation et des conséquences néfastes et dangereuses qu’un pourrissement ne manquerait pas d’engendrer sur les activités de ce semestre et sur la prochaine rentrée universitaire 2015/2016.

  • L’entrevue entre le CNESTO et le Ministre de l’Enseignement Supérieur, qui a eu lieu le 10 février 2015, lors de son déplacement à Tizi-Ouzou, n’a pas permis d’avancer, le temps ayant manqué pour cela et monsieur le ministre ayant certainement cru que les semblants de solutions envisagées par les responsables au niveau de Tizi-Ouzou étaient satisfaisants.
  • La séance de travail avec monsieur le Wali et ses collaborateurs (DLEP, Chef de Daïra), le 12 mars 2015, en présence de centaines d’enseignants de l’UMMTO, n’a débouché, de la part de ces responsables, que sur la répétition des promesses de mesures- largement insuffisantes- qui nous ont été déjà données auparavant et en en septembre 2014.

       Monsieur le Premier Ministre, nous attendons de votre part une impulsion intersectorielle déterminée en vue d’une affectation de moyens nécessaires et d’une responsabilisation forte de tous les responsables concernés en particulier sur l’urgence de :

-    Garantir la sécurité et l’hygiène au niveau des différents campus ;

-    Résorber des déficits en infrastructures (programme de réhabilitation de certaines infrastructures, programme dit « quinquennal », nouvelle université) ;

-    Mettre un terme aux déficiences dans le fonctionnement interne de l’université (administration, pédagogie, déontologie) ;

-    Combler le grave déficit en logements à travers un programme répondant aux besoins dans des délais raisonnables.

Enfin, nous vous demandons d’accorder une audience à une délégation de représentants des enseignants CNES Tizi-Ouzou

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en notre haute considération.                  

         P/L’Assemblée générale et le conseil syndical.